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Aux fous !

Buveur, mangeur, cuisineur, voyageur, randonneur, jardineur, peinturlureur, champignonneur, pêcheur. À mes heures ... 

Je partage ici mes coups de cœur et mes découvertes avec d'autres Fous de vin que j'invite à répondre à mon petit questionnaire. 

Prenez contact.

Alain Fourgeot. 

Publié par Alain Fourgeot

 

DOMINIQUE HUTIN. Fidèle auditeur de France Inter (et de Fip, quand Inter devient trop bavard), je m'organise pour écouter régulièrement, à l'heure de la messe dominicale, On va déguster, l'émission de François-Régis Gaudry, dans laquelle notre Fou du jour cause des vins qu'il aime et des accords qui vont avec ... J'aime sa façon de voir, de parler du vin, sa voix. Je lui ai donc proposé de répondre à ce questionnaire. Il avait promis de le faire quand son agenda lui laisserait un peu de temps. Promesse tenue. Merci.

Qui êtes-vous Dominique Hutin ? Il répond qu'il n'a « pas inventé la radio, pas inventé le vin et sans doute pas l’eau chaude », mais qu'il s'est « construit plusieurs vies, certaines très plaisantes, d’autres un peu moches mais toutes emplies de gens, de crus, parfois de gens crus.». Dominique Hutin, qui a d'abord animé des dégustations et invité - « au sens premier du terme »- des vignerons, à partir de 1992, sur Paris, pour leur offrir une tribune (Bouchet, Courtois, Navarre, Lambert, Cazes, …) confie « faire figure d’ancien geek préhistorique (ordi vintage 1982), animé depuis cinq ans par l’idée de faire un blog … que je ne fais pas ».

Y-a-t-il une vie après On va déguster ? Pour sûr... Son chroniqueur aime « savourer la Manche et saute dans le train, l’émission finie; s’amuse de dégustations itinérantes dans Paris, la nuit, à pied ou en bus à plateforme; continue avec mon ami Frédéric Karali à produire Ciné-Cépages, avec cette idée d’amener des "gens " au vin autrement, via ces bobines vintage évoquant le vin, de près et/ou de loin (du 8, du 16, avec des projecteurs d’époque) ».

Et comme Dominique Hutin a plusieurs fruits dans son panier, il «s’évertue à creuser un sillon cidricole depuis 1997. Naturels, peu alcoolisés, pas (assez) chers, appuyés -comme le vin- sur le quatuor terroir/millésime/variétés/producteur, racés souvent : cidres et poirés, best-sellers obligés du XXIème siècle.» Avouant « se régaler de déguster un millier de bouteilles par an pour alimenter mes chroniques radio & presse et de n’être jamais, jamais blasé », il reste « convaincu que plein de formats restent à inventer pour parler de vin, notamment en croisant les univers » et « conçoit d’autres formats de dégustation, pour rencontrer le vin en s’affranchissant des contingences d’environnement et d’influence.»

Voilà pour le professionnel. Quant à l'homme, il se dit « globalement, un peu lent et contemplatif mais avec assez de jus pour me tenir au large des frigides du goulot et des auto-proclamés cheffaillons du vin, à l’ego confit.» Voilà, voilà ... Place aux questions. Merci Dominique, ravi de vous compter parmi mes Fous...

- Le déclic ? Le premier verre ? J’ai appris assez tôt à détester le vin, au fond d’une cave, mes mercredis après-midi, à mettre en bouteille des cubitainers de vin de table. Puis à m’en tenir éloigné pendant les fêtes adolescentes, jusqu’à ce que me rattrape un saumur-champigny 1982 de coopérative, trop froid, sur une terrasse de pizzeria pour oisifs. La classe naturelle du millésime annihilait cette succession de handicaps.

- Une devise ? "Un verre de vin, c’est plus que du vin dans un verre".

- Le meilleur souvenir de dégustation ? Richebourg 1906 Drouhin + 1922 carbonnieux blanc pessac 1er cru … moelleux + ausone 1926 magnum + Pol Roger 1919 + haut-brion 1920. Autant pour ces vins que pour le rapport intime que j’entretiens avec ces vénérables-là. Croisés dans une vie antérieure, puis encavés, ils se sont révélés –par hasard- être les vins du couturier/parfumeur Jean Patou, dont ma femme, a quatre années durant, écrit la biographie. Pendant dix années, nous avons donc dormi à la verticale de ses vins pendant, qu’un étage plus haut, ma femme consacrait chacune de ses heures à la vie de ce dandy aventurier. Un choc autant qu’un frisson.

- Cave ou armoire? Combien de bouteilles ? Cave, cinq mille, six mille bouteilles. Mais je les connais toutes par leur prénom. Je l’ai construite moi-même, à grands renfort de sueur et de sang, mais cet espace aménagé me permet de mener un travail indépendant.

- Les trois coups de cœur du moment ?

. Cidre 2012 Néros, Johanna Cecillon (Côtes d’Armor). Auto-plagiat : "De la dentelle à la place des bulles, tannins ciselés, 7° d’alcool, finale de caramel au lait, Johanna Cecillon produit un cidre d’inspiration vigneronne".

. Bourgueil rosé 1947, Lamé-Delisle-Boucard. Autant pour le vin, pourtant coincé entre d’autres cadors rosés de décennies passées, que pour l’effet produit sur les convives.

. Spätburgunder, Sankt Paul 2009, Weingut Friedrich Becker (Pfalz). Un allemand limitrophe (la frontière traverse ses vignes), une histoire folle (la guerre, réquisition, …), une terra incognita pour les français "œnocentrés", une grande délicatesse, la fièvre d’un beau pinot noir autant porté sur les fleurs que sur les senteurs noires de l’encre.

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