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Aux fous !

Buveur, mangeur, cuisineur, voyageur, randonneur, jardineur, peinturlureur, champignonneur, pêcheur. À mes heures ... 

Je partage ici mes coups de cœur et mes découvertes avec d'autres Fous de vin que j'invite à répondre à mon petit questionnaire. 

Prenez contact.

Alain Fourgeot. 

Publié par Alain Fourgeot

mac08137d1484.jpgBourges. « Dans la biodynamie, tout fait sens » explique Philippe Gilbert dans un entretien avec le journaliste Guillaume Bellavoine pour le Berry républicain. Le vigneron de Menetou-Salon, diplômé de l'école de commerce de Lyon, jadis auteur de pièces de théâtre, amoureux de Tchekhov, a également fait l'objet d'un joli portrait pour le supplément "Vin" de Libération. Après quelques années passées en Russie, il a repris le domaine familial de Menetou en 1998 et a choisi la biodynamie en 2007. Il a participé dimanche, au premier salon des vins "bios" de Bourges.

Dans l'interview donnée au quotidien du Cher samedi, Philippe Gilbert commence par définir la biodynamie: « Cela part du constat de grands fermiers du début du XXème siècle que les produits de la terre ont de moins en moins de goût et perdent leurs caractéristiques vitales, comme par exemple la disparition du magnésium dans le blé. Ils interrogent donc Rudolf Steiner, un penseur allemand, qui donne le départ à la biodynamie dans une conférence en 1924. Il dit que le vivant communique, qu’il n’y a pas de rupture, pas d’étanchéité dans le monde. Si on met un produit chimique dans un sol, on tue les bactéries qui nourrissent ce sol, qui lui-même nourrit les racines. On appauvrit ainsi la plante et l’ensemble du vivant, et notamment ceux qui se nourrissent. Steiner nous dit aussi que l’ensemble du monde végétal est en relation avec le cosmos, notamment par l’influence de la Lune.»

« Peut-on dire que la biodynamie consiste à laisser la terre se débrouiller toute seule ?» lui demande ensuite le journaliste. La réponse: « Ce n’est pas tout à fait ça. Un jardin dans lequel il n’y a pas d’intervention humaine, vous m’en direz des nouvelles ! Ce que nous proclamons, c’est que la chimie de synthèse est allée trop loin, en appauvrissant les sols et les plantes. Mais c’est vrai qu’il faut laisser faire la nature. Par exemple, s’il manque du fer dans le sol, la première réaction qu’on a est de passer du fer sur la vigne. C’est une très grave erreur : on dit ainsi à la vigne de ne pas chercher plus loin dans le sol le fer dont elle a besoin, et trouver aussi des oligo-éléments ou du magnésium, et véritablement se renforcer. C’est ça la biodynamie : ne pas rien faire mais réfléchir sur le long terme.»

« L’uniformisation des goûts est une des raisons de l’éclosion de la biodynamie » propose Guillaume Bellavoine. La réponse: « Exact. En tant que vigneron, ce qui m’intéresse est que les vins rendent compte le mieux possible du terroir. Et le terroir ne s’exprime pas à cinquante centimètres du sol, mais sur trois, quatre ou cinq mètres, il faut donc que les racines plongent.»

Philippe Gilbert raconte ensuite comment il s'est décidé pour la biodynamie en 2007: « En dégustant des vins issus de la biodynamie. Ce sont des vins droits, précis, verticaux, qui ne racontent pas d’histoires. Ils ne s'expriment pas immédiatement. C’est comme en amitié. Quand on fait Erasmus en Espagne, ça fait à peine trois minutes qu’on est dans une soirée qu’on vous tape dans le dos, qu’on vous appelle "chiquito". Mais le lendemain, on ne se connaît pas. Par contre, quand vous allez dans des pays comme le Berry, on ne vous tape pas dans le dos tout de suite. Mais quand on vous confie son amitié, c’est du solide. C’est ce qui m’intéresse aussi dans les vins issus de la biodynamie. Ils sont moins faciles d’accès, moins immédiat, mais plus complexes, plus profonds. Ça nous emmène plus haut et plus bas, c’est ça la verticalité.»

L'entretien se termine par les trois questions/réponses suivantes.

- Mais par rapport aux autres vignerons de Menetou-Salon, quelle est la différence ? On ne va pas sentir le terroir chez eux ?

- Très sincèrement, le terroir, on va le retrouver chez de très nombreux collègues de l’appellation. Je ne pense avoir trouvé la formule magique. Je propose simplement de réveiller le terroir à travers le prisme de la biodynamie, en pensant que c’est la meilleure façon de le faire. 

- Passer à la biodynamie vous a-t-il obligé à augmenter le coût des bouteilles ?

- Oui et il faut que le consommateur le comprenne. Comme nous n’utilisons plus la chimie de synthèse, nous n’avons plus les rendements qu’elle garantit. Pendant trois ans, j’ai perdu une récolte et j’ai été obligé d’augmenter le prix des bouteilles pour cette raison.

- Mais si une chimie de synthèse est la dernière solution pour sauver des vignes, vous n’allez pas l’utiliser ?

- Si elle est utilisée à bon escient, je l’utilise. Je ne crache pas sur le progrès, je pense que l’homme doit continuer de chercher, mais dans une idée de communion avec la nature, pas contre elle. Et il faut essayer de savoir si cette chimie de synthèse ne fabrique pas de leucémies chez les enfants dix ans plus tard. Mon boulot, c’est de faire du vin, pas de tuer les gens.

 

(Sur la photo de Cécil Mathieu, Philippe Gilbert, à droite, et Jean-Philippe Louis, l'œnologue du Domaine Philippe Gilbert, quinze hectares de pinot noir et treize de sauvignon, certifié bio en 2006, en biodynamie en 2007, avec label AB obtenu en 2009. Production annuelle: dans les cent vingt mille bouteilles)

 

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