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Aux fous !

Buveur, mangeur, cuisineur, voyageur, randonneur, jardineur, peinturlureur, champignonneur, pêcheur. À mes heures ... 

Je partage ici mes coups de cœur et mes découvertes avec d'autres Fous de vin que j'invite à répondre à mon petit questionnaire. 

Prenez contact.

Alain Fourgeot. 

Publié par Alain Fourgeot

Tente-et-serveurs-Haut-Brion.JPGBordeaux. Je sais, j'y étais, suite ... au dîner donné dimanche soir par l'Union des Grands Crus Classés en 1855 en l'honneur de la presse internationale. Cette année à Haut-Brion. Vous y êtes ...

Le carton d'invitation précisait cravate noire, ce qui veut dire smoking, et robe de soirée. Me voici donc ... cravaté de noir et en costume, dans le parc de Château Haut-Brion, au milieu des propriétaires des Grands Crus Classés et de leurs invités. Du smoking il y en a, de la belle toilette et de jolies chaussures à talon et semelles rouges aussi. Je reconnais quelques journalistes connus, que dis-je quelques stars de la profession, smokingés eux-aussi. Devant le château, une scène et un piano. Au piano une pianiste et sur scène un couple de danseurs de l'Opéra de Bordeaux. Le fond de l'air est doux, l'humeur légère, c'est l'heure de l'apéritif.

Rieussec-Haut-Brion.JPGEn attendant celle du dîner, on peut déguster tous les sauternes classés, premiers et second crus. Un climens 2003, d'une incroyable fraîcheur, un rieussec 2006, d'une longueur inouïe, un doiisy-daëne, je ne peux les citer tous. Des serveurs en queue-de-pie, nœud pap', gilet, chemise à col cassé, circulent avec des assiettes d'amuse-bouches. Bille de foie gras et rhubarbe à la baie rose, toast d'asperge verte légèrement fumée et caviar d'Aquitaine, signés Anne-Sophie Pic. Ici de japonisants sushis de haricot vert et pêche blanche aux amandes et des œufs en chaud froid, vinaigrette xérès et sirop d'érable, magnifiques, dans lesquels on reconnaît la patte d'Alain Passsard. Et là, mascarpone truffé pris entre deux toasts et avocat crevette de Yannick Alleno. Trois chefs triplement étoilés pour une seule soirée. Neuf étoiles d'un coup. Alain Passard passe par là, en grande tenue de cuisinier, pour saluer ses amis. Allez, encore un petit verre de suduirant, cette fois et, et ... « le dîner est servi». 

diner-haut-brion.JPGHaie d'honneur des serveurs devant une immense structure transparente décorée d'imposants lustres blancs. Dîner placé. On se présente. Mon voisin de gauche est le nouveau directeur de la RVF Chinoise, ma voisine de droite, « une simple femme de vigneron », le mari n'est pas loin. Après les discours (*), grand ballet des queues-de-pie. Service sous cloche, dans une parfaite synchronisation, pour déguster la betterave pourpre en robe des champs, à la vinaigrette aigre douce, cacao et miel d'acacia, un plat passardien en diable, parfait pour passer du sucre des sauternes aux tannins des médocs. Certains ont du latour, du lafite, du margaux, c'est selon. À notre table on nous sert rauzan-segla et lagrange 2003, puis les mêmes en 1996 et 1986, sur le second plat, homard bleu rôti doucement au beurre de crustacés, consommé de homard aux baies et fruits rouges, légèrement aromatisé au poivre vert d'Anne Sophie Pic. C'est un peu long comme intitulé, d'accord, mais vous ne trouvez pas qu'il met l'eau, pardon le médoc, à la bouche?

Tradition ensuite respectée avec un vin surprise du château recevant sur le plat principal, carré de veau rôti dans l'âtre, épeautre cuisiné comme un risotto, doré à l'or fin, fricassée de girolles... signé Yannick Alleno. Le haut-brion 1975 est annoncé. Un millésime « moyen » pour un journaliste allemand de la table, qui demande une seconde bouteille, trouvant un première un peu « liègeuse » ... Dans le micro parle un  sommelier dont j'ai oublié le nom. Son verdict: « Fraîcheur et sensualité, notes truffées (...) avec ce millésime c'est une autre culture du vin, une autre culture des tannins (...) mais l'essentiel c'est la buvabilité ». Le mien, de verdict: le second flacon a plus de buvabilité que le premier, un peu dans le style sécheresse-de-cœur...

haut-brion-chefs.JPGEt le dessert ? Mais oui, il y a. C'est là qu'intervient Château d'Yquem absent du cocktail apéritif. Millésime 1990. C'est solaire, sur l'abricot confit, minéral. Une merveille de fraîcheur qui fait oublier tout son vocabulaire. Un pur bonheur sur la framboise et le café Blue Mountain en vacherin contemporain d'Anne Sophie Pic qui, décidemment aime les intitulés à rallonge; puis sur les fraises à l'huile d'olive et citron vert, toujours la patte à Passard, et le biscuit moelleux soufflé au citron jaune, d'Alleno. On a droit à un second verre ?

Il est près de minuit. Son altesse royale invite les chefs à monter sur scène, les brigades à se montrer pour se faire applaudir et c'est mérité. Tout le monde se lève comme un seul homme, dans un joyeux brouhaha, pour retourner dans le parc.  Le fond de l'air est toujours aussi doux, peut-être un peu plus chaud, non ? Café, alcool, cigare. « Lovely night » me lance une charmante jeune femme manifestement heureuse d'être là. Lovely night, c'est sûr. Mais bon, là, faut que je rentre ...

Les petites lampées reviennent bientôt...

 

(*) Discours de bienvenue, en français et en anglais, de son Altesse royale le prince Robert de Luxembourg, président de Domaine Clarence Dillon, propriétaire de Château Haut-Brion; de Philippe Castéja, président du Conseil des Grands Crus Classés en 1855 et d'Alain Juppé, ministre des Affaires Étrangères et maire de Bordeaux, qui avait inauguré le matin même, avec Bruno Lemaire, le ministre de l'Agriculture, Vinexpo 2011.

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Brice 26/06/2011 21:50


Merci pour ce petit compte-rendu sensible, Alain...
Deux précisions tout de même :

1) votre voisin de gauche n'était pas "le nouveau directeur de la RVF chinoise", mais le fondateur et actionnaire de la version chinoise de la RVF, son "Executive Advisor Associate" (et incidemment
moi-même)...

2) le convive allemand à notre table n'est pas (plus !) un journaliste, mais Armin Diel, le propriétaire de Schlossgut Diel, producteur d'un superbe riesling...

Heureux d'avoir fait votre connaissance à Haut-Brion.


Alain Fourgeot 26/06/2011 22:59



Merci pour vos précisions et ravi également d'avoir partagé ce joli moment avec vous.  Armin Diel a longtemps écrit pour le GaultMillau allemand et je ne sais pas à quel titre il était
invité à ce dîner offert à la presse ... Comme vous l'avez constaté, mon propos n'était pas de citer nominativement les personnes qui ont partagé notre table. Cordialement.