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Aux fous !

Buveur, mangeur, cuisineur, voyageur, randonneur, jardineur, peinturlureur, champignonneur, pêcheur. À mes heures ... 

Je partage ici mes coups de cœur et mes découvertes avec d'autres Fous de vin que j'invite à répondre à mon petit questionnaire. 

Prenez contact.

Alain Fourgeot. 

PS. L'abus d'alcool est dangereux, à consommer avec modération. 

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Publié par Alain Fourgeot

Petites lampées et grands flacons, un jaune 1995 et le figeac 2005...

BOURGES.  Un samedi entre amis gourmands et fous de vin, devant une flambée et autour d'un joli menu. Du foie gras, un magret de canard et des cèpes, un copieux plateau de fromages avant un cake à la mangue, provenant d'une des meilleures pâtisseries de la ville... Café et armagnac 1974 de Jean Damblat...

J'ai osé un vin jaune sur le foie gras. Ce millésime 1995 de  Philippe Vandelle, vignerons à l'Étoile, un des quatre terroirs du Jaune, avait été débouché dès potron-minet. Car ces vins-là, comme vous ne le savez peut-être pas, méritent d'être aérés très longtemps avant la dégustation, et laissés à une température raisonnable, dans les quinze degrés, mais surtout pas au réfrigérateur... Histoire que le cépage savagnin respire un peu, après presque trente années de clavelin, cette bouteille de soixante-deux centilitres réservée au Jaune, et six ans et trois mois de vieillissement en fûts, sous voile,  sans être ouillé ... 

Les amis connaissaient mal... La surprise fut d'autant plus grande. Et le plaisir aussi. Incroyable robe or foncé. Nez magique, cerneaux et coques de noix écrasées, épices, curry... On peut parler de notes oxydatives sans que cela soit péjoratif. Étonnante fraîcheur en bouche, ample, tapissante, presque grasse, avant une allonge qui semblait éternelle... On en a gardé un fond pour le fromage, du comté quarante-huit mois, bien sûr. Une merveille. 

Avec le canard et les cèpes, le figeac 2005, millésime remarquable. Château Figeac ?  Premier Grand Cru A* de Saint-Émilion, cette propriété de quarante hectares, est une singularité dans l'appellation Saint-Émilion, où domine le merlot. Ici, il est minoritaire, les cabernets franc et sauvignon étant largement dominateurs, 70% du vignoble. « Comme de nombreux crus du...Médoc » soulignait Jacques Dupont**, journaliste de vin et auteur de nombreux ouvrages de référence. Qui écrivait encore : « Singulier par son sol et son encépagement, Figeac l'est aussi par sa façon d'évoluer. Au côté des vins à la mode, très noirs, bâtis en maîtres-nageurs, qui délivrent leur message musclé dès leurs premiers ébats en barriques, Figeac joue au timide. Ensuite, avec le temps, les opinions changent. Figeac s'épaissit à l'élevage, conserve sa grâce et son élégance, mais l'ossature du cabernet lui confère une solidité surprenante. » Jacques Dupont, pour lequel Figeac « se situe tout en haut, parmi les trois meilleurs des grands de Bordeaux » a goûté, en 2006, ce millésime 2005,  assemblage d'un tiers de chaque cépage, lui attribuant la très belle note de 18/18,5. Avec ce commentaire : « Nez très pur de gelée de cerises, mûre, un fruité très exubérant et une bouche concentrée, avec toujours ces quelques notes de cassis qui l'identifient jeune, des tanins très doux, peignés, une grande finesse de structure et une longueur impressionnante. »

Dix-sept an plus tard, le vin a évidemment évolué mais la fraîcheur est toujours là. On cherche le cassis et la mûre, on trouve les baies noires confites, escortées, entre autres notes subtiles, de tabac, de chocolat au café, sous une robe sombre. Incroyable texture veloutée en bouche, ciselée, d'une rare élégance. Avant une finale très bavarde, mais pas dans le commérage, plutôt dans la confidence, chuchotée à l'oreille comme on le fait à propos d'un secret ... 

Les petites lampées reviennent bientôt...

* Dans le nouveau classement  dévoilé en septembre 2022, deux châteaux sont devenus Grand Cru Classé A , Figeac et Pavie, quand Ausone, Cheval Blanc et Angelus ont décidé de se retirer du classement. 

** Dans son excellent Guide des vins de Bordeaux paru chez Grasset en 2011.  

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R
Très joli commentaire de dégustation, cher Alain. J' aurais aimé pousser un peu les chaises et prendre place parmi vous. Le particularisme du GCC château Figeac est tellement bien décrit qu'il me donne des envies de foncer sur place! On se contentera de la "finale très bavarde, mais pas dans le commérage...". Continuez, s'il vous plaît, à nous proposer les voyages hédoniques de votre bande d'épicuriens des Fous de vin. J-Philippe Raffard
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