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Aux fous !

Buveur, mangeur, cuisineur, voyageur, randonneur, jardineur, peinturlureur, champignonneur, pêcheur. À mes heures ... 

Je partage ici mes coups de cœur et mes découvertes avec d'autres Fous de vin que j'invite à répondre à mon petit questionnaire. 

Prenez contact.

Alain Fourgeot. 

Publié par Alain Fourgeot

Balade et petites lampés au Mas de la Dame, entre Coin caché et Vallon des amants...

LES BAUX-DE-PROVENCE. Un spot ! Une vue imprenable. Droit devant, là, le château des Baux, son drapeau flotte dans le ciel gris de cette matinée d'octobre. Le regard porte loin, passe les portes de ce paradis calme et silencieux, imagine la Grande Bleue, là-bas... Tout autour, les Alpilles et ses arêtes rocheuses. Pas un poteau électrique à l'horizon, pas un fil, rien que la nature, de la garrigue et des terrasses, fabriquées par l'homme, où courent des vignes rougies par l'automne et des milliers d'oliviers, les bras encore chargées de fruits noirs...

Vous êtes au Mas de la Dame. Prononcez le s de mas... Des hectares de terre dont cinquante-sept de vignes et vingt-cinq d'oliviers. C'est le domaine de Caroline Missoffe et Anne Poniatowski, dont j'ai déjà raconté l'histoire il y a quelques mois, à l'issue d'une belle dégustation à l'Hexagone. Je vous la refais, l'histoire, en plus court ?

Anne et Caroline, toutes les deux journalistes dans un vie antérieure, sont les arrières-petites-filles d' Auguste Faye, négociant bourguignon qui, au début du siècle dernier, eut un véritable coup de foudre, comme on le comprend, pour un vieux mas* noyé dans la végétation. Grand-papy Auguste, était chasseur et le mas accueillit pendant de nombreuses années les fines gâchettes de ses relations. Plus tard, son fils Robert, restaure la maison, le baptise le Mas de la Dame, plante des oliviers, puis les premières vignes, convaincu du potentiel de ce terroir. Suit, après guerre, la construction d'une cave, de cuves en ciment toujours existantes, d'une chaîne d'embouteillage. Les premières bouteilles, reconnaissables à leur forme ventrue empruntée au calvados, font leur apparition sur les tables de la région **. En 1956, les vins de Baux deviennent des VDQS. Les premières bouteilles de rosé sont exportées à New York. Puis, en 1995, c'est le passage en Appellation d'Origine Contrôlée Les Baux de Provence pour les vins dont les raisins sont récoltés sur les huit communes des Alpilles. La même année, Anne et Caroline décident de reprendre en main le domaine confié au régisseur après la mort de leur père. « Sœurs de sang et sœurs de vignes » ...

Balade et petites lampés au Mas de la Dame, entre Coin caché et Vallon des amants...

Vingt ans plus tard, le Mas de la Dame est une référence dans l'appellation des Baux. Les cinquante hectares, divisés en parcelles, cernées par des oliviers et de la garrigue, voire de la pinède, sont cultivées en bio, certification Ecocert, sans insecticide, sans désherbant. Du grenache, de la syrah, du cabernet sauvignon, du mourvèdre, du cinsault, pour les rouges et les rosés. Clairette, rolle, grenache blanc, roussanne pour les blancs... Et du sémillon, qui entre dans l'assemblage de la cuvée Coin Caché blanc, la seule qui ne soit pas en AOC. Chaque cépage est vinifié et élevé séparément avant assemblage. Dans les chais, les fûts ont petit à petit remplacé les vieux foudres. Et, aujourd'hui, deux œufs en argile ont fait leur apparition, pour des premiers essais...

Balade et petites lampés au Mas de la Dame, entre Coin caché et Vallon des amants...

Les vins ? « Le choix est porté sur l'opulence et la richesse, plutôt que sur la minéralisé et la tension » explique le maître de chais. Le domaine produit six cuvées. La Gourmande, pour l'entrée de gamme, dans les trois couleurs est à 7,80 euros. A l'autre bout, et à 35 euros, l'Infernal, qui tient son nom du Val d'Enfer, où sont plantées les vignes. Une cuvée confidentielle, vinifiée les grandes années, en barriques neuves et après une longue macération. Il y aura probablement un 2015. Pour l'heure, cet assemblage cabernet sauvignon (80%) et syrah n'est disponible qu'en 2011 et 2006. « Il faut des cabernets bien mûrs, comme cette année, ce vin, c'est un peu notre Nappa Valley », commente Caroline en ouvrant le 2006. Un nez de cerise mûre, des notes de confitures, de baies noires très compotées, une bouche d'une grande richesse, des tannins fondus. Un fort tempérament. Demande un plat qui tient la route...

La Réserve est déclinée en deux couleurs. En rouge (9 euros) et en rosé (8,60 euros). Deux assemblages de grenache, syrah, cabernet sauvignon auxquels sont ajoutés un peu de mourvèdre et de carignan. Élevage en cuve (60%) et en fûts de plus d'un an. Le rosé, même assemblage de base, avec un peu de mourvèdre. On dirait le Sud ? Vous y êtes...

Deux couleurs également pour La Stèle. Rolle, roussane et clairette, élevage sur lies pendant six mois (9,70 euros) pour le blanc. Syrah majoritaire avec un peu de cabernet sauvignon pour le rouge. (13.70 euros). Cuvaison longue. Élevage en fûts de chêne merrain (neuf, un an, deux ans) pendant douze mois.

Le Vallon des amants est une syrah en macération carbonique qu'on a mariée avec un peu de mourvèdre et de carignan, là encore en macération carbonique, élevage en fûts 50% neuf, 50% d'un vin. (18,30 euros). Le 2008, un peu viandé, sur des notes animales derrière lesquelles pointent une violette printanière et une jolie longueur, sur la cerise cuite, s'est montré sous ses plus beaux atours sur un gigot...

Balade et petites lampés au Mas de la Dame, entre Coin caché et Vallon des amants...

Enfin, fleuron du Mas de la Dame, Le Coin caché, au cœur de cette dégustation. Le blanc est en IGP Alpilles, il contient du sémillon, assemblé à la roussane et à la clairette. (21,50 euros). Le rouge est majoritairement grenache, associé à la syrah. Élevage en foudre et en fûts de chêne pendant douze mois. (21 euros)... Petite verticale autour d'un dîner ouvert par une délicieuse barigoule d'artichauts relevée au poivre de chichuan... D'abord les blancs. Un 2010 ample et généreux, sur des notes exotiques, de vanille, d'ananas confit et de mangue, longueur envahissante. Le 2009, d'une grande finesse au nez, sur le coing confit, la cire d'abeille, boisé fondu, finale rafraîchissante. Le 2008, magnifique, très exotique, complexe en diable, sur des pointes de cédrat, d'une grande fraîcheur. Puis les rouges, autour d'un gigot. Le 2005, nez sur la cerise noire, les baies sauvages, le cuir et le sous-bois, bouche velours et souple sur des notes de réglisse. Le merveilleux 2006, nez complexe, un peu poivré, marc de pruneau, d'une rare élégance, un peu graphite en bouche, ample et longue ... « Notre baby rayas » commentent Anne et Caroline, les deux dames de ce mas où le bonheur semble être une idée simple...

Les petites lampées reviennent bientôt...

** Dans son livre la Force de l'âge, Simone de Beauvoir écrit : « Le vent soufflait sur les Baux quand j'y arrivais... Un feu crépitait dans la cheminée de la Reine Jeanne où nous étions les seuls clients. Nous dinâmes à une petite table tout près de l'âtre en buvant un vin dont je me rappelle encore le nom, le Mas de la Dame.»

*** Le Mas de la Dame propose également des produits dérivés de l'olive (tapenade, confiture, pâte) et de très belles huiles. Dont une délicieuse et sensuelle huile d'olives noires fermentées que je vous recommande sur quelques feuilles d'épinards frais et sur un fromage de chèvre... Les olives sont pressées au Moulin Castelas.

*- À voir. Si vous séjournez ou passez par le magnifique site des Baux-de-Provence, ne ratez pas le magnifique spectacle des Carrières des lumières consacré à Michel-Ange, Léonard de Vinci et Raphaël. Jusqu'au 3 janvier 2016.

-* Vincent Van Gogh a peint en 1889 la façade est du Mas de la Dame. Le tableau, baptisé Un mas sur la route de Saint-Rémy, a été exposé au Metropolitan Museum de New York avant d'être volé à son propriétaire parisien. Personne ne l'a revu depuis. Avis de recherche ! Une reproduction, distribuée aux acheteurs du Mas de la Dame, apparaît en médaillon sur certaines cuvées.

-* Vincent Van Gogh a peint en 1889 la façade est du Mas de la Dame. Le tableau, baptisé Un mas sur la route de Saint-Rémy, a été exposé au Metropolitan Museum de New York avant d'être volé à son propriétaire parisien. Personne ne l'a revu depuis. Avis de recherche ! Une reproduction, distribuée aux acheteurs du Mas de la Dame, apparaît en médaillon sur certaines cuvées.

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